Au fil des rues

Il y a à Saint-Egrève, environ 70 kilomètres de voirie et un peu plus de 170 rues et places. Chacune a été baptisée d’un nom lié à son usage, à l’histoire de la Ville ou à la grande Histoire. Mais d’où viennent ces noms de rues, de quartiers et de parcs ? Qui sont ces Saint-Egrévois qui ont donné leur nom à des rues de la Ville ? Et d’ailleurs qu’est-ce que racontent de Saint-Egrève les appellations données aux espaces publics ? Pour répondre à toutes ces questions une promenade dans les rues de Saint-Egrève s’impose !

La nature au coin des rues

Dans toutes les communes, ou presque, il est possible de se promener au fil de rues au nom fleuri. A Saint-Egrève, cette typologie d’appellation se retrouve tout particulièrement dans le quartier de Prédieu. Rue des Accacias, du Muguet ou des Glaïeuls y côtoient des artères évoquant les massifs environnants comme la rue des Alpes ou bien des cours d’eau comme la rue du Drac. Ces dénominations, si elles ne sont pas particulièrement originales, ont l’avantage d’être particulièrement consensuelles.

Dans la moitié de la ville comprise entre la RD 1075 et l’Isère, bon nombre de noms de rues évoque le lien étroit qu’entretient la ville avec l’eau.
Rue de l’Isère ou du Drac, rue de la Biolle, de l’Île Brune, du Lac, du Port ou encore de la Vence... Il faut dire que pendant longtemps, tout ce secteur était soit sujet aux inondations liées notamment  aux débordements de la Vence, soit tout à fait submergé par les flots de l’Isère encore peu endigués. D’ailleurs, l’appellation quartier des Îles, à l’entrée nord de la commune rappelle qu’en des temps révolus, le secteur n’était en fait qu’un enchevêtrement d’eau et d’îlots...

Ouverture internationale

Avenue de San Marino ou celle de Karben, deux noms qui n’ont pas été choisis au hasard. En effet, ils évoquent cette fois l’ouverture internationale de la Ville et saluent l’amitié que Saint-Égrève a su tisser avec une ville italienne et une autre allemande durant les années 70.
Ces deux artères majeures de Saint-Égrève rappellent l’importance accordée par la ville au jumelage et à la reconstruction d’une profonde amitié entre les pays européens qui a pris corps en 1974, date du premier jumelage entre Saint-Égrève et Karben.

Miroir à idées

Puisqu’on en est à se balader sur Karben, pourquoi ne pas aller faire un tour à Rochepleine.
Baptisé du nom du lieu-dit qui évoquerait d’après plusieurs sources "la roche pleine d’eau" qui le surplombe, les rues du secteur ont elles des noms qui s’inscrivent plutôt dans l’histoire des idées. En effet, ici plusieurs grands hommes qui ont marqué l’Histoire ont droit à une plaque à leur nom. Ainsi, au tournant des années 80 et 90, ce sont de grands humanistes dont les idées rayonnent encore comme Victor Hugo ou Pierre-Mendès France en passant par Jean Moulin qui ont été mis à l’honneur. Les abords de la Place Nelson Mandela, qui a été ainsi nommée alors que le pourfendeur de l’apartheid sud-africain était encore derrière les barreaux, marquent donc une volonté d’inscrire Saint-Égrève dans une vision généreuse de l’histoire.

Remontée dans le temps

Le Champ du Ratz, le Cottaire, La Monta, Corporaillère... Les allusions aux origines paysannes et montagnardes de la ville sont nombreuses.

D'autres, à l’instar de Gavanière ou de Visancourt,  tirent leur nom de familles qui ont marqué la ville où elles ont bâti des maisons fortes.

L’origine de celles-ci se trouve quelque part entre la fin du XIIe et le début du XVIe siècle. Plus que de simples habitations rurales, ces “domus fortis”, que l’on retrouve dans tout le Dauphiné, étaient construites par des personnes qui malgré leur origine noble ou leur influence économique notamment auraient pu aspirer à devenir de petits seigneurs mais n’ont jamais obtenus du Conte d’Albon, seigneur du Dauphiné, le droit de construire un château.

L’actuelle mairie, le château Borel, a été construit sur une ancienne maison forte dont le premier propriétaire identifié était Jean de Beins, premier géographe du roi Henri IV.

Tout ce que Saint-Égrève compte de châteaux n’en sont pas, en réalité ce sont des maisons fortes...

Saint-Egrévois fameux

On retrouve aussi les noms de Saint-Égrévois qui ont participé au développement de la commune.
Ainsi, il convient de citer l’avenue du Médecin Général Viallet dont l’histoire locale raconte son engagement auprès des plus démunis.
Les anciens maires comme Marius Camet, qui a donné son nom à un parc, ont eux aussi marqué l’expansion de Saint-Égrève au même titre qu’Adolphe Muguet ou Casimir Brenier, industriel de la fin du XIXe siècle qui participa à l’essor de l’énergie hydraulique dans la région en fabriquant les  première turbines des barrages isérois.

Les rues des Usiniers, de l’Ancienne Brasserie ou même la place Pompée rappellent d’ailleurs le rôle qu’ont joué les industriels dans l’expansion de Saint-Egrève.

Lionel Terray

"Né au pied des Alpes, ancien champion de ski, guide professionnel, alpiniste de grande course, membre  de huit expéditions dans les Andes et l'Himalaya, j'ai consacré toute ma vie à la montagne, et, si ce mot a un sens, je suis un montagnard". On se souvient de ce Saint-Égrévois qui passait ses vacances chez ses grand-parents alors propriétaires du "château Vattaire" car parmi les nombreux exploits sportifs et humains qu'il a accomplis, il a notamment participé en 1950 à la conquête de l'Annapurna, le premier sommet de plus de 8 000 mètres  aux côtés de Maurice Herzog. Un exploit qui vaut bien une rue à son nom à Saint-Égrève.

Louis Besançon

C’est une belle route toute neuve, une artère dont le revêtement impeccable dessert les terrains de la zone d’activités qui se développe à l’entrée de Saint-Égrève. Celle-ci a été baptisée  “Louis Besançon”. Un hommage à une figure locale qui s’est tout au long de sa vie engagée au service de Saint-Égrève.
Né avant guerre dans la ferme familiale qui fut durement touchée par un bombardement en 1944, il fut un des derniers  représentants du passé agricole de la commune. En tant qu’adjoint au maire de 1959 à 1971, il a activement accompagné la mue de la ville vers la modernité. De plus, de 1947 à 1981, il a consacré une bonne  part de son énergie à la caserne des pompiers de Saint-Egrève qu’il a longtemps commandée. Actif et impliqué dans la vie de Saint-Égrève jusqu’à son décès le 12 novembre 2007, c’est pour lui témoigner sa gratitude que la Ville a donné son nom.

Le saviez-vous ? 
A Prédieu, la rue Astérix A1, rend hommage non pas au personnage d’Uderzo et Gosciny mais  au premier satellite français mis sur orbite le 26 novembre 1965 propulsant ainsi la France au rang de troisième puissance spatiale. 

Heures sombres et héros

Passées la rue des Brieux et celle du Muret, qui doit son nom à une particularité géologique locale, voici  Fiancey, un quartier tout entier dont les odonymes évoquent un passé récent plutôt sombre. En effet, créé au début des années 80, le secteur a été baptisé du nom de guerre du Comte François Henri de Quinsonas, lieutenant de la résistance mort en dirigeant un assaut contre l’occupant nazi en 1944. Figure locale, qui a emprunté son pseudonyme à l’appellation d’un terrain familial de Saint-Égrève, son nom a aussi été donné à une rue perpendiculaire à la RD 1075 dans le quartier de Prédieu. A ses côtés et autour de la “rue du 8 mai 1945”, la mémoire de nombre de résistants saint-égrèvois a été honorée. On retrouve ici Armand Nordon, Jean Amigoni, Georges Roche, Michel Bonnet qui tous se sont engagés pour libérer la France de l’oppresseur. A noter, un autre résistant célèbre, Joseph Rolland, a pour sa part une rue à son nom à Rochepleine.

1944 : Le 17 septembre, le Conseil Municipal de la ville tout juste libérée décide de donner à une partie de l'actuelle RD 1075  le nom d'avenue du Général de Gaulle.

On est loin d’avoir fait le tour des histoires de la Ville et derrière chaque plaque de rue se trouve une histoire (petite ou grande) qu’il est amusant d’essayer de dénicher...