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Rencontre avec Damien Perrier

le 15/04/2019
En complément de l'article paru dans Saint-Egrève le journal n°257 daté de mai 2019, voici la retranscription intégrale de l'interview de Damien Perrier. Chercheur d'origine saint-égrévoise, touché par la maladie de Charcot, il développe actuellement un système pour écrire par la pensée.

Rencontre avec Damien Perrier, qui travaille sur un  système révolutionnaire d'écriture par la pensée.

J'ai vécu 17 ans à St-Egrève. Attention, le nom Barnave revient souvent dans mes propos.
J'ai toujours habité au domaine Barnave, plusieurs immeubles entourant un grand parc. Je suis allé à l'école primaire Barnave jouxtant le parc. Ensuite j'ai fréquenté le collège Barnave situé sous le Néron. Une caractéristique de ce collège, 2 grands parcs à vélo. Tous les collégiens se déplaçaient à vélo, moi le premier. En parallèle, je prenais des cours de piano à l'école de musique Barnave. J'adorais lire et j'allais souvent à la bibliothèque Barnave située dans la demeure familiale de l'ancien révolutionnaire.

"Tennis"


Comme sport, je passais mon temps sur les cours de tennis. Avec mon petit niveau de tennis, j'étais classé 15/5, je me faisais plaisir notamment pendant les matches par équipe. Je donnais des cours de tennis tous les mercredis, le matin à St-Egrève et l'après-midi au Fontanil. J'ai également tenu le "club house" du club de tennis pendant l'été deux années consécutives.
J'ai intégré le lycée Champollion où j'ai eu un bac scientifique. J'étais un élève moyen. Avec le recul, je n'avais pas une intelligence "scolaire" mais plutôt l'intelligence de la débrouillardise et de l'adaptation.

"soirées étudiantes"

Une fois le bac en main, je me suis inscrit à l'université Joseph Fourier. C'était les amphithéâtres bondés, les soirées étudiantes à partir du jeudi, rien de propice à travailler.
Pourtant, je me plaisais si bien sur le campus universitaire que j'y suis resté jusqu'à l'âge de 32 ans avec en ma possession DEUG A, licence et maîtrise de chimie, DEA en génie des procédés, doctorat en mécanique des fluides et transfert, post-doctorat consistant à la réalisation d'expériences de solidification d'alliages à bord de la station spatiale internationale.


En 2006, un ancien collègue thésard vient me débaucher pour intégrer sa start-up basée au Bourget-du-lac. C'est un grand changement pour ma petite famille, nous allons habiter à Aix-les-bains. Je suis recruté comme ingénieur R&D pour améliorer un système révolutionnaire de transformation de matériaux composites. À ce titre, cette start-up d'une quinzaine de personnes travaille avec les plus grands groupes comme BMW, Samsung, Airbus.

"la maladie survint brusquement".


Puis en sept. 2008, la maladie survint brusquement. Je travaillais en mi-temps thérapeutique, puis en télétravail à mon domicile, puis plus rien (je suis tombé dans le coma et frôla la mort). Mon esprit scientifique et ma passion pour les expérimentations étaient toujours là. Ne pouvant plus parler, je me suis dirigé vers une autre alternative, écrire et donc parler par la pensée.

  • Comment est né ce projet d'interface cerveau-machine?

Les premiers balbutiements du projet eurent lieu en octobre 2014 par une rencontre avec trois ingénieurs membres de l'Union Départementale des Ingénieurs et Scientifiques des deux Savoie (UDISS). Ils étaient très intrigués de rencontrer " l'homme qui parle avec les yeux " (titre en une du Dauphiné Libéré du 23/03/2014) et évoquèrent les capacités très prometteuses des interfaces cerveau-machine, particulièrement adaptées à des personnes comme moi. Je gardai en tête cette perspective et au printemps 2015, je montai une équipe autour de moi composée d'amis et de présidents d'associations. En fin d'année 2015, je disposai d'un casque électroencéphalographe (EEG) et du logiciel approprié. Toutes les conditions étaient réunies pour commencer le projet. Les premiers essais débutèrent en janvier 2016.

  • Quel est le principe de ce projet et quels en seraient, à terme, les avantages par rapport au système de communication par traquage des mouvements oculaires que vous utilisez actuellement?

L'objectif du projet est d'utiliser un casque EEG du commerce, de le mettre sur la tête d'un malade de Charcot alité et de lui faire épeler des mots. Je serai en l'occurrence le cobaye.
Le système de poursuite oculaire que j'utilise demande une sacrée gymnastique des yeux. Pour les malades qui ont des déficits dans les mouvements oculaires, écrire devient problématique. Ecrire par la pensée devient une bonne alternative.

  • Comment travaillez-vous au développement du projet?

Les maîtres-mots de nos recherches sont duo et passion.
Duo parce que Samuel et moi menons ensemble tous les essais. Avant sept. 2018, nous nous réunissions chaque vendredi après-midi (Samuel prenait ce temps sur ces heures de travail) dans ma chambre-laboratoire de l'hôpital de Chambéry. À la rentrée 2018, c'est devenu impossible de se réunir tous les vendredis. J'ai déménagé pour intégrer une superbe Maison d'Accueil Spécialisée "Pré vert" située à Grenoble. Quant à Samuel, il travaille à l'Institut Langevin à Paris du lundi au jeudi. Pour l'instant, nous ne faisons pas de recherche, nous sommes très occupés par notre participation aux Dynamo Days organisés par l'école des mines de St-Etienne, par notre partenariat avec des entreprises, par l'organisation de démos "grand public" consistant à faire bouger un cube virtuel par la pensée, par la participation de notre association à des concours. Mais nous avons déjà établi un programme de recherche, malgré les sollicitations, "nous savons où nous allons".
Et passion parce que Samuel le Centralien et moi le docteur en physique sommes férus de nouvelles technologies et d'expérimentation. Nous ne lâchons rien, nous fonçons. Lors d'une séance d'essais, Samuel commence par me réinstaller la tête, dégageant l'arrière de mon crâne pour laisser de la place aux électrodes. Il humidifie ensuite toutes les électrodes avec un liquide conducteur du type NaCl. Puis il place consciencieusement le casque EEG muni des électrodes humides sur ma tête. Il vérifie que toutes les électrodes soient opérationnelles et bien placées et lance le logiciel. C'est enfin à moi de faire fonctionner mes méninges.

  • Combien de personnes sont impliquées?

Je ne reviendrais pas sur le rôle toujours actif de Patrick Halet et Christian Coudre, respectivement présidents des associations Espoir charcot et sla aide et soutien Tous les essais sont réalisés avec mon ami informaticien Samuel Bernardet. Dans un premier temps, nous étions aidés par un membre de l'UDISS pour me placer le casque sur la tête. Maintenant Samuel s'en sort tout seul comme un chef. J'ai contacté des chercheurs de l'Inria, Maureen Clerc, directrice de recherche et Nathanaël Foy, ingénieur, qui ont conçu le logiciel OpenViBE capable d'analyser les ondes cérébrales et de les associer à des lettres. Ils nous ont fait confiance en nous donnant leur logiciel. C'était la première fois que des personnes étrangères à l'Inria compilaient et configuraient la dernière version de leur logiciel. Nous travaillons en étroite collaboration avec eux, à chaque fin de séance d'essais nous leur envoyons certains paramètres du logiciel afin de l'améliorer. Nous nous sommes également rapprochés de Violaine Guy, ergothérapeute au CHU de Nice. Elle travaille sur les interfaces cerveau-machine avec des malades de Charcot mais en utilisant un casque EEG expérimental hors de prix. Nous avons toutefois un projet en commun et nous avançons main dans la main.

  • Quels sont vos besoins pour le mener à bien?

Pour poursuivre nos recherches, nous envisageons de fabriquer notre propre casque EEG imprimé en 3D pour une indépendance totale ainsi que nos électrodes sèches extra plates, elles aussi imprimées en 3D. Nous pensons également concevoir un logiciel d'analyse du signal cérébral. Et bien sûr, nous cherchons des moyens pour financer tout cela.

  • Depuis combien de temps travaillez-vous sur ce projet?

Nous avons commencé à travailler sur ce projet en jan. 2016, sachant qu'il nous a fallu plusieurs mois avant que le fabriquant du casque EEG daigne nous fournir le logiciel compatible avec le logiciel de l'Inria. Ensuite nous avons travaillé que les vendredis après-midis jusqu'à la rentrée 2018 où nous avons mis ce projet en sommeil.

  • Ou en est-il aujourd'hui?

Nous arrivons à épeler des phrases à la vitesse de 16 s par lettre. Ce qui est beaucoup trop lent par rapport à un système de poursuite oculaire. C'est pour ça qu'on se retrousse les manches pour améliorer ce formidable outils de communication.
D'un point de vue plus personnel, comment s'organisent vos journées et quels sont vos loisirs?
Je n'arrive pas à mener tous mes projets de front malgré ma présence quotidienne d'environ 8h devant mon ordinateur. En ce moment, ma priorité est notre association EDICO avec tous ses projets passionnants. Je compte bientôt reprendre l'écriture de mon roman mêlant les templiers, la franc-maçonnerie et les rites chamaniques, tout un programme!
Etant constamment alité, mes loisirs sont centrés autour de mon ordinateur car je ne sors pas de ma chambre pour le moment. J'aime regarder des séries américaines avec mon épouse (Breaking bad, Ray Donovan, Game of thrones), faire des expériences avec mon acolyte Samuel Bernardet, bosser sur les projets d'EDICO, flâner sur le web.

  • Y-a-t-il d'autres secteurs qui pourraient bénéficier de ces avancées technologiques?

Bien sûr et ils sont en avance. Je pense à l'industrie des jeux vidéos, au contrôle de la domotique par la pensée, au pilotage d'un drone ou d'un robot à distance,...

 

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