Site de la ville de Saint Égrève
Le tri sélectif est entré dans les moeurs. Mais malgré les bonnes volontés plus ou moins affichées, il n’est pas toujours aussi efficace qu’il le devrait et de trop nombreux dysfonctionnements viennent encore en gripper la mécanique délicate.
Trier est un geste contraignant et demande une certaine implication citoyenne. Alors, on le sait, cela permet d’économiser les matières premières dont les ressources ne sont pas infinies, mais aussi d’éviter que soient stockés dans de vastes décharges des déchets dont l’accumulation peut s’avérer dramatique pour l’environnement. Mais ce dernier, s’il est essentiel à prendre en compte, n’est pas forcément la motivation première qui anime tous les trieurs.
A ceux qui auraient envie de baisser les bras, il faut rappeler que trier permet aussi de faire des économies. En effet, les filières de valorisation "peuvent générer des recettes", souligne Nicolas Perrin en charge de l’optimisation de la collecte pour le compte de la Métro à laquelle, depuis 2005, Saint-Egrève a délégué la compétence de la collecte des ordures ménagères. "Par exemple, en ce qui concerne les D3E, la revente des matériaux recyclés rapporte 50€ la tonne". Ce n’est pas une somme énorme mais il permet de faire baisser le coût global de la collecte supporté par les contribuables via la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TOEM).
"Une erreur de tri dans un conteneur peut aller jusqu’au refus pur et simple dudit conteneur", explique Nicolas Perrin. "Le taux moyen d’indésirable est de 49% pour l’ensemble du territoire de la Metro", précise Philippe Glasser Directeur de la collecte des ordures ménagère à la Métro. "Cela nous place donc tout juste dans la moyenne des collectivités de taille équivalente. A Saint-Egrève, il avoisine les 47% mais avec de grandes différences entre les quartiers"'. Ainsi, si sur certaines tournées saint-égrévoises, le taux de refus n’est "que" de 41%, il grimpe facilement à 57% sur d’autres tournées. "Ces résultats sont très variables et changent en fonction de la nature des habitats, de la sociologie des quartiers...", ajoute Philippe Glasser en soulignant que les facteurs qui influent sur la qualité du tri sont si nombreux que pour que celui-ci fonctionne, il faudrait quasiment travailler au cas par cas.
Le point noir sur l’agglomération, "c’est la qualité du tri. Le plus radical, c’est le sac d’ordures ménagères jeté dans le bac à tri au lieu d’être déposé dans la poubelle grise et qui une fois déchiré ruine tous les efforts qui ont été faits par ailleurs. Il n’existe malheureusement pas de solution toute faite pour améliorer le tri. Cela passe par la communication, mais pas seulement", continue Philippe Glasser qui rajoute que des solutions ponctuelles sont à l’occasion mise en place pour améliorer cette qualité. "A Pont de Claix et Saint-Martin d’Hères, certaines tournées étaient complètement déclassées. Pour 600 logements on a donc équipé les bacs verts de couvercles à opercule qui interdisent d’y déposer des sacs poubelle". Résultat, le tri sur ces zones a été sauvé et si la quantité collectée est moindre la qualité est au rendez-vous.
C'est bien connu, les vieilles recettes sont souvent les plus efficaces. En assurant la promotion de solutions bien connues des plus anciens, il a été possible de diminuer sensiblement des volumes d'ordures ménagères collectés par les services de la Métro. "La campagne en faveur du compostage qui a été menée l'an dernier n'est pas étrangère à ces résultats. Par exemple à Saint-Egrève, plus de 350 composteurs ont été vendus à des particuliers qui ont été formés et qui désormais transforment eux-mêmes une part de leur poubelle grise en compost. 17 sites de compostage en pied d'immeuble ont aussi été créés à la demande de bailleurs ou de syndics, ce qui permet aux personnes résidant en habitat collectif de composter leurs déchets. Tout cela participe à diminuer les volumes des déchets collectés et favorise les économies", rajoute Nicolas Perrin.
"C'est sur les déchèteries que les plus grands progrès ont été enregistrés durant ces cinq dernières années !" constate pour sa part Philippe Glasser. "40% des déchets collectés par l'agglo le sont en déchèterie. En plus, grâce au geste généralement soigneux des déposants, on fait beaucoup mieux en terme de qualité de la collecte."
En plus de l’augmentation régulière de la masse de déchets produite chaque année, les évolutions des modes de consommation et l’arrivée de nouveaux types de déchets viennent encore compliquer la gestion des ordures ménagères. Ordinateurs, téléphones portables, baladeurs MP3, les produits dits technologiques, vite consommés et vite périmés, représentent des déchets dangereux pour l’environnement s’ils ne sont pas traités correctement.
D’après le Ministère de l’écologie, il apparaît que chaque Français produit 14 kg de déchets de ce type et la quantité totale augmente de 4% chaque année, soit un rythme de croissance beaucoup plus élevé que celui de l’ensemble des déchets ménagers. "En 2008 nous avons collecté 1229 tonnes de D3E et 1324 en 2009. Cela représente près de 10 % d’augmentation", note Nicolas Perrin qui ne peut que constater la hausse exponentielle de ces rebuts qui contiennent du PVC, du plomb, du baryum, du phosphore, du cobalt et même de l’arsenic... De nouvelles habitudes de consommations auxquelles il a fallu répondre. "Heureusement avec la mise en place de l’eco-participation, on a énormément progressé", explique Philippe Glasser qui précise que "80 à 85% de la matière première qui compose ces D3E peut être réutilisée. Les filières qui existaient déjà étaient en veille, l’arrivée de cette ressource a permis de les réveiller".
"Actuellement nous recyclons et valorisons de 44 à 47% des déchets, nous en brûlons 42 à 43% tandis que 10 à 12% vont à la décharge", constate Philippe Glasser. "En 2017, l’objectif est de recycler et valoriser 55% des déchets collectés sur l’agglomération. Cela représente un saut qualitatif et quantitatif !". Pour ce faire, quelques pistes sont d’ores et déjà à l’étude comme par exemple la réorganisation des services, l’évolution des consignes de tri, de la fréquence des collectes...
Maire de Saint-Egrève
Vice présidente de la Métro chargé de l'économie de la collecte et de la valorisation des déchets
En 8 ans de vice-présidence avez-vous noté des évolutions dans les habitudes de tri des citoyens de la Métro ?
Oui et non. Nous produisons toujours plus de déchets mais nous acceptons un peu plus de les trier. Cela peut sembler paradoxal quand on regarde les indésirables (49%) dans la poubelle verte mais il faut aussi prendre en compte l’accroissement considérable des dépôts en déchèterie. Notre réseau de 20 déchèteries locales, un des plus importants de la région, met à disposition des habitants des capacités de tri incitatives en particulier en ce qui concerne les déchets électriques, électroniques et électroménagers.
Ces nouveaux déchets sont-ils réellement recyclés ?
Oui, notamment avec les entreprises d’insertion qui permettent de remettre en état et de revendre, à prix modique, les matériels récupérés. Par ailleurs, pour ceux qui sont démantelés, la récupération des métaux et des matériaux permet d’avoir un moindre effet sur l’environnement.
Mais au final, qu’est-ce que ça rapporte de trier ?
Il faut que nous comprenions que les déchets peuvent être une matière première s’ils sont convenablement triés. A ce moment là, ils peuvent être, soit utilisés dans une chaîne de recyclage ou de réemploi, ce qui permet une économie de matières premières qui sont revendues et constituent ainsi pour la Métro une ressource financière permettant de limiter l’augmentation du coût de gestion des déchets.
Aujourd’hui, on consomme dans le monde environ 50% de ressources naturelles en plus qu’il y a 30 ans. Nous devons nous préoccuper des impacts liés à l’exploitation massive des ressources renouvelables, si ce n’est pour nous, au moins pour nos enfants et nos petits-enfants.
Interview donnée à Saint-Egrève le Journal, n°162 - Octobre 2010


c'est en kilogrammes le poids de déchets produits chaque seconde sur le territoire de la Métro. Impressionnant !
tonnes de compost sont produites chaque année par le centre de compostage de la Murianette.
Inaugurée en octobre 2008 à la déchèterie de Saint-Egrève la ressourcerie est un mode de collecte innovant répondant aux impératifs de la solidarité et du développement durable.
Elle propose de promouvoir le réemploi comme moyen de valorisation des déchets afin de détourner le maximum de tonnages de la mise en décharge ou de l’incinération et de préserver les ressources
naturelles. Inscrite dans une logique d’économie solidaire, la ressourcerie permet l’accès à l’emploi à des personnes en difficulté.